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L'Essonne napoléonienne

 

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Artistes et écrivains

En 1787, peu avant la Révolution, est publié un petit roman, précurseur de la littérature romantique et universellement connu jusqu’à nos jours, Paul et Virginie. Son auteur, Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre (1737-1814) est un ingénieur des Ponts et Chaussées qui abandonne vite ce métier pour voyager à travers l’Europe, puis à la découverte du monde, notamment des Mascareignes (aujourd’hui îles Maurice et Réunion) dont il étudie le climat, la botanique, l’évolution des systèmes vivants, tel l’un des premiers écologistes. Il en ramène son ouvrage Voyage à l’Ile-de-France, à l’île Bourbon et au Cap de Bonne-espérance, par un officier du roi (1773). Il entre ainsi dans la société des encyclopédistes, fréquente d’Alembert et Julie de Lespinasse, devient intime de Jean-Jacques Rousseau. La Convention l’appelle à enseigner la morale à l’Ecole normale ; il entre à l’Institut en 1795 et à l’Académie française en 1803. Les frères Bonaparte, à commencer par Napoléon, sont extrêmement sensibles au lyrisme de sa littérature et le couvrent d’honneurs. En 1793, à 55 ans, Bernardin de Saint-Pierre épouse Félicité Didot, âgée de 22 ans, dont le père François-Ambroise Didot, imprimeur, a acheté en 1789 Les Papeteries d’Essonnes et fait construire, sur une île de l’Essonne, une jolie maison appelée La Chaumière. L’écrivain sera très heureux dans ce domaine où il réalisera de nombreux aménagements, empoissonnant sa pièce d’eau, semant les plantes et fleurs les plus diverses. Il y écrira Les Harmonies de la nature. Ses deux enfants, nommés Virginie et Paul, y naissent. Malheureusement, veuf dès 1800, il se remarie et doit quitter Corbeil-Essonnes. La Chaumière, englobée dans le quartier de la Nacelle à Corbeil-Essonnes, a été rasée en 1974. Seule une rue  y rappelle le nom de l’auteur de Paul et Virginie.

 

Allons maintenant à Champlan (91160), près de Villebon-sur-Yvette, village dont le château porte aujourd’hui le nom de Propriété Brunet-Debladis, où nous évoquerons Madame Cottin (1770-1807), romancière oubliée qui connut au XIXe siècle une extraordinaire renommée. Née Marie-Sophie Risteau dans une bonne famille bordelaise, elle épouse le banquier Paul-Marie Cottin qui meurt d’une crise cardiaque de crainte d’être arrêté en septembre 1793. Elle achète alors le château de Champlan où elle va se retirer pour écrire une œuvre qui va marquer son époque, tout en suscitant  des passions extrêmes chez les hommes qui fréquentent son petit domaine. Sensuelle, imaginative, fortement inspirée par Jean-Jacques Rousseau, annonçant le romantisme, marquée par les souvenirs douloureux de la période révolutionnaire et des guerres napoléoniennes, elle publie une demi-douzaine de romans qui connaissent un immense succès, le plus célèbre étant sans doute Mathilde ou Mémoires tirés de l’histoire des Croisades, dont les scènes gravées étaient répandues par les colporteurs. Cette annonciatrice féminine de la littérature romantique,  connue aussi grâce à la publication de sa correspondance, décéda brutalement  à l’âge de trente-sept ans. Elle avait en 1802 cédé son domaine de Champlan à un cousin qui le revendit en 1828 à Jean-Henri Baradère (1792-1839), ancien commissaire des guerres et secrétaire général du ministère de la Guerre, qui est inhumé au cimetière de Champlan.

 

Passionné de botanique, Louis-Philibert Debrun des Beaunes, ou de Brun (1761-1842), ancien major d’artillerie devenu docteur en la faculté des Sciences de l’Université impériale, publie en 1811 un ouvrage intitulé Tableau méthodique de tous les genres de productions naturelles qui se trouvent en France. Il achète le domaine de Champrond à Saint-Hilaire (91780), près d’Etampes. Il y fait édifier un élégant château de style classique (toujours existant) et surtout aménage un grand parc paysager l’anglaise, doté de pins maritimes, de cèdres et d’espèces rares dont un sequoia gigantus. Une grande partie de cet arboretum a résisté à la tempête de décembre 1999.

 

Revenons maintenant à Bièvres (91570), au château des Roches, dit aujourd’hui Maison littéraire de Victor Hugo, qui comporte un salon Bertin. Car, à partir de 1804, il fut la propriété de Louis-François Bertin (1766-1841), dit Bertin l’Aîné,  journaliste créateur du Journal de Débats, organe d’opposition royaliste  où collaborèrent Chateaubriand, Royer-Collard, etc. Censuré, interdit, Bertin ne reprit la publication de son journal qu’en 1814. Dans les années 1830, Bertin créa aux Roches un salon littéraire que fréquentèrent Chateaubriand, Ingres, Berlioz, Liszt, Gounod et surtout Victor Hugo qui y écrivit Les Feuilles d’automne, Tristesse d’Olympio, Les Chants du crépuscule, etc. Pendant une dizaine d’années la famille Hugo, invitée par Bertin, séjourna chaque été aux Roches, tandis que Juliette Drouet louait une maison dans un hameau voisin.

 

Partons en musique à Varennes-Jarcy (91480) pour y retrouver le compositeur François-Adrien Boieldieu (1775-1834), auteur des plus célèbres opéras de la période allant du Directoire à la Restauration, ainsi que d’œuvres instrumentales. L’opéra Le Calife de Bagdad en 1800 lui vaut un succès éclatant. En 1803, il répond à une requête du tsar Alexandre 1er et part à Saint-Pétersbourg comme maître de chapelle jusqu’en 1811. Il y compose une dizaine d’œuvres. Ses compositions de la fin de l’Empire se veulent stimulantes. Sa carrière se poursuit sous la Restauration où, musicien de la chambre du roi, il compose des opéras patriotiques et nationalistes, célébrant notamment la naissance du duc de Bordeaux, « l’enfant du miracle ». C’est en 1826 que sa seconde épouse achète une agréable maison construite sur le site de l’ancienne abbaye de Jarcy. Boieldieu, malade et affaibli, vient s’y reposer à partir de 1830 et y décède le 8 octobre 1834. On l’appelle toujours la Villa Boieldieu.

 

Si Napoléon était assez peu sensible à la musique, il adorait le théâtre et spécialement la tragédie, antique de préférence. Ne nous étonnons-nous donc pas de sa grande amitié avec le comédien François-Joseph Talma (1763-1826). Après une enfance en Angleterre où il découvre l’œuvre de Shakespeare, Talma débute sa carrière sous la Révolution. Proche des Girondins, il échappe de peu à la guillotine et fait dès 1792 la connaissance du capitaine Buonaparte, dont il suscite l’admiration. Comédien exceptionnel, sa réputation monte en parallèle de celle de son ami. Non seulement Napoléon assiste très fréquemment à ses spectacles à la Comédie-Française ou au Théâtre Feydeau,  mais il l’invite à jouer au château de Saint-Cloud devant la Cour et le rencontre en privé. Talma joue aussi en tournée dans les villes européennes où l’Empereur se rend. C’est en 1798 que Talma achete à Brunoy (91800) une première maison provenant de l’ancien domaine du comte de Provence, puis en 1803 la résidence de l’ancien intendant, dite le Gouvernement ou la Gouvernerie. Il ne cessera d’agrandir son domaine, prendra plaisir à se trouver à Brunoy et, très proche des habitants, restera fidèle à ce lieu jusqu’à sa fin, malgré une vie personnelle et sentimentale agitée. La propriété de Talma n’a pas résisté à la frénésie immobilière et il n’en subsiste qu’une maison, dite la Maison des Nourrices car il y faisait élever ses enfants naturels. Et les adolescents de Brunoy fréquentent le lycée François-Joseph Talma.

 

Au sortir d’un spectacle de Talma, allons souper à Villiers-sur-Orge (91700), non à l’invitation de la marquise de Brinvilliers dont le frère détint la seigneurie de Villiers, mais de Alexandre-Balthazar-Laurent Grimod de la Reynière (1758-1838), qui se rendit célèbre dès 1783 en révolutionnant l’art de la gastronomie. Sans être lui-même cuisinier mais menant une existence d’amphitryon, il publie en 1806 le Journal des gourmands et des belles, en 1808 le Manuel des amphitryons et chaque année de 1803 à 1812 l’Almanach des Gourmands qui donne des conseils sur l’art de la table, mêlant à la gastronomie des propos sur la littérature, les arts, les spectacles, la galanterie et la chronique scandaleuse des coulisses de la société. En 1812, il acheta la grande maison dite La Seigneurie à Villiers-sur-Orge où il continua à recevoir, avec moins d’excentricités qu’à Paris. En fait, il fréquentait Villiers depuis au moins 1806 car sa grande amie, la romancière Sophie Gay (1776-1852) tenait à Paris un salon littéraire réputé mais recevait également à Villiers dans sa propriété La Maison rouge (qui existe toujours). Moins connu que Brillat-Savarin et le précédant, Grimod de La Reynière doit être considéré comme le précurseur des auteurs de guides gastronomiques.

 

Classons aussi parmi les écrivains Alexandre de Laborde (1773-1842), auteur mais aussi diplomate, conseiller d’Etat, archéologue, financier. Il était le fils du marquis Jean-Joseph de Laborde, banquier de la Cour de France sous Louis XV, propriétaire du château de Méréville (91660) qu’il fit transformer vers 1785 par l’architecte Jean-Benoît Barré et dont il aménagea le parc à l’anglaise. Le marquis fut guillotiné en 1794 ; son fils Alexandre, élevé en Autriche, revint en France en 1797 et entra au ministère des Relations extérieures près de Talleyrand.  Il se lia avec Lucien Bonaparte et c’est au château de Méréville, récupéré par la famille Laborde, que Lucien rencontra sa seconde épouse Alexandrine de Bleschamp, veuve d’un agent de change. Laborde accompagne Lucien Bonaparte nommé ambassadeur en Espagne. Il y reste longuement et publiera en 1807 un Itinéraire descriptif de l’Espagne, suivi d’un Voyage pittoresque et historique en Espagne, en quatre tomes. La Guerre d’Espagne le ramène en France où il est successivement liquidateur des comptes de la Grande Armée, directeur des Ponts et Chaussées, membre de l’Institut, et prévoit d’établir un inventaire des richesses archéologiques de la France, projet qui ne sera réalisé que sous le Second Empire. Proche de la reine Hortense, il écrit les paroles des romances qu’elle compose, notamment le Partant pour la Syrie qui, sous le titre Le Beau Dunois, deviendra l’hymne quasi-officiel du Second Empire. Sa sœur Natalie de Laborde (1774-1835) épousa en 1790 Charles de Noailles, duc de Noailles et de Mouchy. Dite la Muse de Méréville par Chateaubriand, qui la connut au château et en tomba follement amoureux. Leur liaison « débutée dans les beaux jardins de Méréville se poursuivit sous les ombrages de la Vallée aux loups ». Au retour de son voyage à Jérusalem, elle vint, dit-on, l’attendre à Grenade. Le château de Méréville est aujourd’hui propriété du Conseil général de l’Essonne.

 

Comment enfin écarter de ce récit la plus prestigieuse des demeures de l’Essonne, le château  du Marais au Val Saint-Germain (91530)  qui nous permet d’évoquer de nouveau Chateaubriand  et aussi Talleyrand. Reconstruit de 1772 à 1779 par Le Maitre de La Martinière, trésorier de l’artillerie, le château du Marais appartient sous le Directoire et le Consulat à Madame de La Briche qui tient un salon littéraire. Alphonse de Chateaubriand qui s’était retiré avec son amante Pauline de Beaumont  (1768-1803) dans une maison louée à Savigny-sur-Orge pour y terminer l’écriture du Génie du christianisme se rendit avec elle au château du Marais où le couple trouva la félicité : «Quand la nuit tombait, elle lui enseignait les noms des étoiles et lui disait qu’un jour il se souviendrait que c’était elle qui lui avait appris à les nommer ». Juste avant que Pauline n’accompagne son amant à Rome en 1803 et ne meure de tuberculose dans ses bras. On est en plein romantisme !

Un siècle plus tard, le château se trouvait dans les mains de Boni de Castellane et de son épouse américaine  Anna Gould qui, divorcée, conserva le château et épousa Hélie de Talleyrand-Périgord, prince de Sagan. Le château appartient toujours à leurs descendants qui ont rassemblé des collections permettant de réunir le souvenir de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, prince de Bénévent, ministre des Relations extérieures, Grand Chambellan puis Vice-Grand-Electeur de l’Empire - qui contribua tant à la chute de Napoléon - et de l’opposant résolu à l’Empereur, le vicomte de Chateaubriand. Le château reçut aussi la visite du duc de Wellington, ambassadeur de Grande-Bretagne à Paris au début de le Restauration. N’en jetez plus !

 

Un inventeur et un industriel

En 1784, un  artisan originaire de Châlons-sur-Marne s’installe confiseur à Paris, rue des Lombards. Il sera d’ailleurs un membre actif de la section de la Commune portant ce nom et échappera de peu à la guillotine. Ce Nicolas Appert (1749-1841) est conscient que les méthodes de conservation des aliments alors pratiquées (le fumage, le salage, l’utilisation de l’alcool ou du vinaigre, etc.) manquent d’efficacité et il expérimente l’effet de la chaleur. Il découvre que le chauffage des produits jusqu’à 100°C dans des bouteilles en verre hermétiquement closes permet leur longue conservation. L’industrie de la conserve est née. En 1802, Appert achète à Massy (91300) une propriété de quatre hectares sur laquelle il construit un atelier où il met en œuvre sa découverte. Malgré le soutien du gastronome Grimod de la Reynière, la méthode tarde à s’imposer et ce n’est qu’en 1809 qu’elle est reconnue par la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. Appert publie en 2010 l’Art de conserver pendant plusieurs années toutes les substances animales et végétales. Le succès vient enfin et ses produits se commercialisent jusqu’en Russie mais des Anglais s’emparent de la découverte et remplacent les bouteilles en verre par des boites de fer blanc serties, plus faciles à transporter. L’usine Appert de Massy est pillée en 1814 par les troupes russes qui écument la région et  détruite en 1815 par les Prussiens. Précurseur de Pasteur, Appert effectue par la suite des recherches sur la stérilisation du lait alors que son invention de la conservation des aliments est largement pratiquée par divers industriels, notamment pour éviter le scorbut chez les marins. N’ayant pas pris de brevet d’invention, le père de ‘‘la boite de conserve’’ meurt à Massy dans un semi-dénuement et son corps est mis à la fosse commune. Mais, aujourd’hui, grâce à l’Association internationale Nicolas Appert, sa statue se dresse depuis 1991 à Châlons-en-Champagne, son buste à Massy depuis 1999 ainsi qu’à l’Institute of Food Technologists à Chicago, et 2010 a été déclarée en France Année Nicolas Appert.

 

Christophe-Philippe Oberkampf (1738-1815), né à Wiesenbach en Allemagne, apprend auprès de son père l’art de l’impression des toiles à l’indienne, avant de venir créer à Jouy-en-Josas une entreprise modernisant le procédé et qui recevra le label de manufacture royale. En 1769, il installe pour son frère un atelier de fabrication d’indiennes à Essonnes, au domaine de Chantemerle,  et y adjoint en 1804 une filature de coton qui connait un grand essor en cette période du Blocus continental empêchant l’importation des produits anglais. Comme à Massy, les ateliers de Chantemerle sont détruits par les envahisseurs russes en 1814. On dit qu’Oberkampf en est mort de chagrin. La manufacture de Jouy fonctionnera jusqu’en 1843 sous la direction de Barbet de Jouy et aujourd’hui le Musée de la Toile de Jouy, à Jouy-en-Josas (Yvelines), décrit les techniques mises au point par Oberkampf.

 

Les débris de la Grande Armée

Il s’agit là du nom que prirent après 1815 de nombreuses associations d’anciens combattants qui avaient survécu aux campagnes de l’Empire. Il faut n’y voir aucune intention péjorative et rapprocher cette formulation des expressions Poilus ou Gueules cassées, apparues lors de la Première Guerre mondiale. Il faut savoir que le dictionnaire des généraux et amiraux de la Révolution et de l’Empire ne compte pas moins de mille huit cents noms et on retrouve ceux-ci un peu partout en France, beaucoup étant considérés comme ‘‘le héros local’’. Notamment la rive droite essonnienne de la Seine attira nombre de militaires à la retraite.

 

A Montgeron (91230), la municipalité considère le général-baron Henri de Rottembourg (1869-1857) comme le bienfaiteur de la commune. Lorrain et simple soldat de l’armée royale, il accède au statut d’officier dans les armées de la République, est en Italie pendant la campagne d’Austerlitz mais participe aux batailles d’Iéna et de Friedland, promu général de brigade en 1811 et affecté à la Garde impériale. Il emmène deux régiments de la Jeune Garde en Pologne pour y récupérer les survivants de La Bérézina et est promu général de division en 1813. Il s’illustre le 3 mars 1814 au combat de Laubressel près de Troyes, bataille qu’il fera représenter par le peintre Jean-Charles Langlois (œuvre conservée au Musée de l’Armée). Il est sur la frontière du Rhin lors de Waterloo et poursuit tranquillement sa carrière militaire jusqu’en 1834. C’est en 1822 qu’il achète à Montgeron une grande maison bourgeoise transformée par l’architecte Brongniart et qui mérite le nom de château, entourée d’une dizaine d’hectares. Membre du conseil municipal, estimé des Montgeronnais, il fait don en 1852 à la commune d’un terrain de 4300 m2 proche de son château pour y édifier une nouvelle église, un presbytère, une mairie et une école, tous bâtiments constituant aujourd’hui la place Rottembourg. L’église Saint-Jacques est inaugurée en 1855 et le général Rottembourg est inhumé dans la crypte en 1857. Le château Rottembourg, remanié, est aujourd’hui un établissement religieux tandis que la Société d’Histoire locale de Montgeron maintient le souvenir du général.

 

Le général Jean-Pierre Doumerc (1767-1847) fit une carrière militaire très classique de 1783 (soldat) à 1814, général de division commandant les cuirassiers lors  de la campagne de Russie. Retraité en 1814, c’est seulement en 1836 qu’il acquiert  à Montgeron, presque en face du château Rottembourg, une belle et grande maison construite sous l’Empire,  où il vécut ses dernières années et qui abrite aujourd’hui le musée municipal Josèphe Jacquiot, l’office de tourisme de Montgeron et un centre culturel.

 

A Draveil, le baron François Lambert (1755-1837), inspecteur en chef aux revues de la Grande Armée, succéda au château de Villiers à son cousin le préfet Gamot (déjà évoqué au sujet du maréchal Ney). D’une grande probité, Lambert est surtout connu pour ses démêlés avec les maréchaux portés aux trafics et aux impositions forcées.

 

Champrosay, hameau de Draveil connu pour son microclimat, attira le général François-Roch Ledru, baron des Essarts (1770-1844), héros d’Austerlitz et l’un des derniers à avoir franchi la Bérézina lors de la retraite de Russie. Il loue en 1816 et achète en 1821 une propriété appartenant depuis 1811 au général Lefebvre-Desnouettes (1773-1822), banni pour avoir conspiré en faveur du Retour de l’île d’Elbe. Ledru des Essarts fut conseiller municipal de Draveil de 1824 à 1840 et y est inhumé. Il avait pour voisin le baron Paul Barbier (1770-1848), ancien commissaire des guerres et directeur au ministère de la guerre, qui fut lui aussi conseiller municipal à Draveil, de 1831 à 1846.  Son gendre Frédéric Villot, conservateur des peintures au Musée du Louvre, fit connaître Champrosay à Eugène Delacroix. De fil en aiguille, Delacroix, puis Alphonse Daudet et enfin Nadar vinrent acquérir une maison de campagne à Champrosay, et n’oublions pas Edmond de Goncourt, décédé à Champrosay chez Alphonse Daudet[1].

 

A Soisy-sur-Seine, au général Lecourbe (exilé par Napoléon comme on l’a vu précédemment) succéda le général Ramon du Bosc Du Taillis (1760-1851), ancien de Rivoli, d’Arcole et d’Austerlitz qui eut le bras droit emporté par un boulet de canon en Autriche en 1807. Il termina sa carrière comme gouverneur de Varsovie. Il n’existe pratiquement plus de trace du château de Soisy. Toujours à Soisy, le château des Donjons vit succéder au général Mathieu Dumas qui l’occupa vers 1800, le général Drouet d’Erlon (1765-1844) à son retour de la guerre d’Espagne, de 1814 à 1817, puis François-Charles Didelot (1769-1850), qui avait été ambassadeur à Copenhague, chambellan de l’Empereur et préfet du Cher de 1813 à 1815.  Drouet d’Erlon sera gouverneur général de l’Algérie en 1834 et promu maréchal de France en 1843. Egalement, le général Nicolas-Joseph Maison (1771-1840) posséda de 1808 à 1815 une maison à Soisy. Ancien d’Austerlitz et de Friedland, rescapé de la retraite de Russie, il sera gouverneur militaire de Paris sous la Restauration, promu maréchal de France en 1829 et ambassadeur à Vienne sous la Monarchie de Juillet.

 

Au sud du Coudray-Montceaux (91830), un prieuré situé aujourd’hui dans un parc résidentiel a appartenu à partir de 1811 à Adrien-François-Marie Guiton (1761-1819), nommé général en 1807 après avoir été colonel des grenadiers à cheval de la garde consulaire et qui, d’Austerlitz à Waterloo, a participé à la plupart des batailles de l’Empire. Mais il est surtout connu pour une autre raison. Le 20 mars 1804, le général Hulin, l’un des assaillants de la Bastille, commandant des grenadiers de la garde, fut nommé président de la commission militaire chargée de juger le duc d’Enghien, arrêté illégalement en Pays de Bade et transféré au fort de Vincennes. Le colonel Guiton fut désigné l’un des sept membres de cette commission qui vota la mort à l’unanimité. Le duc fut immédiatement exécuté dans les fossés de Vincennes. Savary (encore lui) et le conseiller d’Etat Réal se rejetèrent la responsabilité de cette décision précipitée, qualifiée depuis deux siècles de crime par les uns, de catastrophe par les autres, alors que les royalistes en rejetaient l’opprobre sur Caulaincourt qui n’avait été mêlé à l’affaire qu’à la marge. Une page noire de l’histoire napoléonienne.

 

Transportons-nous maintenant à Ballancourt-sur-Essonne (91610) où se dresse le vaste et double château du Saussay, appartenant depuis plus d’un siècle à la famille de Bourbon Busset, elle-même apparentée à trois généraux d’Empire. Jean-Baptiste-Camille Canclaux (1740-1817), bien que fils de magistrat, choisit la carrière des armes et est promu maréchal de camp (général de brigade) dès 1788. Il sert la République et participe à la répression de l’insurrection de Vendée. Il soutient Bonaparte lors du 19 Brumaire. Déjà âgé de 64 ans en 1804, il est promu Grand-officier de la Légion d’honneur et nommé sénateur, puis comte de l’Empire en 1808. Il vote la déchéance de Napoléon en 1814, est nommé à la chambre des Pairs, se montre discret pendant les Cent-Jours et vote en 1815 la mort du maréchal Ney. Ce parfait opportuniste avait épousé en 1775 Claudine  d’Aramon, laquelle hérita par sa mère, née Bragelonne, du château du Saussay qui devint leur résidence. Leur fille Geneviève-Joséphine Canclaux (1785-1849) épouse en 1803  le général Auguste-François Colbert, baron de Chabanais (1777-1809), à ne pas confondre avec son frère aîné Pierre-David (dit Edouard) de Colbert-Chabanais (1774-1853) qui fit toutes les campagnes de l’Egypte à Waterloo, colonel jusqu’en 1809, puis général. Volontaire de 1792, Auguste-François Colbert sert en Italie comme aide de camp de Murat, participe à la campagne d’Egypte, se distingue à Marengo, s’illustre à Ulm, Austerlitz et Iéna. A partir de juin 1808, il sert en Espagne et trouve la mort d’une balle en plein front  lors d’un accrochage avec les insurgés le 3 janvier 1809, à l’âge de 30 ans. Il avait cependant eu le temps d’engendrer deux fils dont Napoléon-Joseph de Colbert-Chabanais (1805-1883), l’aîné qui sera député sous le Second Empire. La petite-fille de ce dernier, Guillemette de Colbert-Chabanais (1885-1944) épousa en 1911 le comte François-Louis-Joseph de Bourbon Busset et fut la mère de l’académicien Jacques de Bourbon Busset (1912-2001) dont les descendants résident toujours au château du Saussay. Le général Canclaux et  le général Edouard Colbert-Chabanais, dont le château détient de nombreux souvenirs, sont inhumés dans la chapelle familiale au cimetière de Ballancourt.

 

Non loin de là, à La Ferté-Alais (91590), rencontrons le chef de bataillon Jean-Alexis Ramé ( 1754-1840),  combattant de Marengo, d’Austerlitz et Iéna dans l’infanterie de ligne, inhumé au cimetière de la commune dans une imposante sépulture familiale, avec ses descendants dont notamment son arrière-petit-fils le colonel Henri Ramé (1909-1996), auteur de nombreuse études historiques publiées dans la revue du Souvenir napoléonien et le bulletin de l’Association pour la Conservation des Monuments napoléoniens (ACMN).

 

Le château de Monthuchet à Saulx–les-Chartreux (91160) nous permet d’évoquer le général Jean-Joseph-Paul-Augustin Dessole (1767-1828). Ayant débuté dans la Légion du Gers, Il est promu général dès la première Campagne d’Italie, puis sert à l’Armée du Rhin sous les ordres de Moreau dont il est proche. Si bien qu’en 1804 il est mis à l’écart lors de la condamnation de son chef. Il est rappelé pour la guerre d’Espagne en 1808 et débute la campagne de Russie mais, épuisé, ne dépasse pas Smolensk et rentre en France où il est mis à la retraite. C’est alors qu’il s’établit au château de Monthuchet. Nommé Pair de France sous la Seconde Restauration et ayant voté la mort du maréchal Ney, le général Dessole est quelques mois premier ministre en 1818 et ministre des Affaires étrangères en 1819 mais prend ses distances avec une politique qu’il trouve trop réactionnaire. Il est décédé à Monthuchet le 2 novembre 1828 et est inhumé au Père-Lachaise.

 

A Milly-La-Forêt (91490), retrouvons le général Jacques-Nicolas de Bellavène (1770-1826). Brillant cavalier, il s’illustre dans les armées de la République, est nommé général de brigade par Moreau  et a une jambe emportée par un boulet à la bataille de Rastatt le 5 juillet 1796. Il poursuivit sa carrière comme gouverneur de région militaire, inspecteur aux revues, commandant de l’Ecole de Saint-Cyr. Mis à la retraite en septembre 1815, il se retira à Milly-la-Forêt où il est décédé le 8 février 1826 et est inhumé. Mais Milly permet aussi d’évoquer une anecdote concernant la formation d’un jeune élève-officier corse - nommé Napoléon Buonaparte - à l’Ecole militaire de Paris :

 

Après avoir été de 1779 à 1784 élève-boursier à l’Ecole royale militaire de Brienne, le jeune Napoléon Buonaparte est admis à l’Ecole militaire de Paris dont il sortira ‘lieutenant en second’ en septembre 1785. Avec trois camarades et accompagné d’un religieux Minime, venant de Troyes  et Sens, il arrive le 19 octobre 1784 à Paris au Pont Saint-Paul par le coche d’eau. Il a donc pris de Corbeil à Paris le corbeillard[2], louvoyant lentement entre les bancs de sable du lit de la Seine, entre Evry et Etioles, Ris et Soisy, Juvisy et Draveil, Athis et Vigneux. Ce fut sa première vision de l’Essonne.

 

L’aide-major (sous-directeur des études) de l’Ecole militaire de Paris était alors M. de Lanoix (ou La Noix), ancien capitaine du régiment de Vermandois, qui possédait une maison de campagne à Milly (Milly-la-Forêt). Celui-ci a laissé des souvenirs qui furent publiés en 1844 dans des Essais historiques sur la ville de Milly, par un nommé Armand Sougit. On y lit : « Dans le courant de l’année 1785, il y amena [à Milly] le jeune Bonaparte qui était alors l’un des élèves les plus distingués de l’Ecole Militaire ». Que faut-il en penser car on ne trouve aucune mention de ce séjour dans les nombreux ouvrages publiés sur la jeunesse de Napoléon Bonaparte ?

 

Tout d’abord les élèves de l’Ecole militaire ne pouvaient bénéficier d’une autorisation de sortie que dans des circonstances exceptionnelles, telles que le décès d’un membre  de leur famille, et l’élève Buonaparte, à la noblesse corse tout juste reconnue, était loin d’être aussi ‘‘distingué’’ que les grands noms de France portés par certains de ses camarades. Il sortit de l’Ecole avec le rang de 42e sur 58. Mais passons sur ce détail.

 

Il est cependant plausible que l’anecdote soit véridique. Le 23 mars 1785, l’élève Buonaparte apprit le décès de son père, survenu le 24 février à Montpellier où celui-ci était venu tenter de faire soigner son cancer de l’estomac. On connaît la réaction de douleur du jeune homme par ses lettres à sa mère et à son oncle l’archidiacre Lucien. Dans ses derniers instants, Charles Buonaparte avait été assisté par l’abbé Pradier, aumônier du régiment de... Vermandois. On peut donc supposer que le major de Lanoix et l’abbé Pradier se connaissaient, que l’information passa par cette voie et que le major aurait pu emmener Bonaparte quelques jours chez lui à Milly pour se remettre de sa peine. Il existe une variante de cette hypothèse car le brevet de lieutenant en second fut décerné à Bonaparte le 23 septembre 1785 et il ne rejoignit son affectation au régiment d’artillerie de la Fère à Valence que le 30 octobre. On ne sait rien de son activité pendant ce mois. Est-ce à ce moment qu’il aurait bénéficié de l’hospitalité de M. de Lanoix, du fait d’un lien créé par la mort de son père ?

 

Nous n’en saurons sans doute jamais plus mais il ne nous est pas interdit d’imaginer le jeune Bonaparte se promenant dans le Massif des Trois Pignons à Milly en rêvant déjà à son destin . . .

 

Non loin de Milly, à Buno-Bonnevaux (91720), le château de Moignanville abrita la retraite du général Philippe-Joseph-Victoire de Sennneville (1737-1824). Officier d’artillerie dès 1758, il se trouve aux Antilles lors de la Révolution, puis en 1795 est nommé colonel commandant l’artillerie des possessions françaises au-delà du Cap de Bonne-Espérance (Maurice, Réunion). Fait prisonnier par les Anglais, il rentre en France, commande l’école d’artillerie de Rennes et est mis à la retraite en 1803. Il est décédé au château de Moignanville.

 

Citons aussi Louis-Henri-Joseph Hazar (1771-1846), né à Lille, qui fait toute sa carrière (Italie, Egypte, Espagne) dans l’artillerie à cheval et est promu colonel en 1811. Fervent napoléoniste, il est mis en demi-solde en 1815 et à la retraite en 1820.  Il a ensuite vécu à Linas (91310) où sa tombe porte l’épitaphe : « Décédé à Linas à l’âge de 75 ans, près de sa sœur chérie, où il termina une vie pure et respectueuse ». Ou encore le lieutenant François-Pierre Louvel (1789-1871), fils d’un garde de la forêt de Sénart né à Draveil. Incorporé comme cuirassier en 1808, il gagne le galon de lieutenant en second en Espagne, participe à la bataille de Leipzig en octobre 1813 et charge à Waterloo au côté du maréchal Ney. Redevenu garde forestier à Draveil, il a de graves ennuis en 1820 lorsque le duc de Berry est assassiné par un ouvrier-sellier nommé Louis-Pierre Louvel. La similitude de nom et de prénom usuel est telle qu’il demande à changer de nom puis, après la naissance de « l’enfant du miracle », il préfère garder le sien mais déménage à Vaujours (aujourd’hui en Seine-Saint-Denis), commune où il est toujours honoré en tant que médaillé de Sainte-Hélène[3].

 

En passant à Dommerville, commune aujourd’hui rattachée à Angerville (91670), nous avons craint d’y rencontrer le général Donatien-Marie-Joseph de Vimeur de Rochambeau (1755-1813), hélas connu comme commandant du corps expéditionnaire à Saint-Domingue en 1802 et les massacres auxquels il se livra dans sa lutte contre l’indépendance du peuple noir. En fait, retenu prisonnier par les Anglais jusqu’en 1811 et décédé  en 1813, il ne semble pas avoir séjourné au château de Dommerville, propriété de son père le comte Jean-Baptiste-Donatien de Vimeur de Rochambeau (1725-1807), vainqueur de la bataille de Yorktown lors de la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique.

 

L’exode de l’Impératrice Marie-Louise

Alors que le 31 mars 1814, Napoléon faisait demi-tour à Juvisy-sur-Orge et se rendait à Fontainebleau où il abdiquera, l’Impératrice Marie-Louise, son fils et les membres du Conseil  de Régence (sauf Talleyrand qui s’arrangea pour rester à Paris afin d’y préparer la succession !) qui avaient quitté Paris le 29 mars erraient sur les routes de Seine-et-Oise et de la vallée de la Loire, passant à Rambouillet, Chartres et Blois. C’est là que Marie-Louise reçoit le 8 avril une lettre de Napoléon lui demandant de se rendre à Orléans.

 

Pourquoi à Orléans et non à Fontainebleau ? Les historiens se posent encore la question. Les mauvaises langues prétendent que Napoléon se soignait alors d’une MST et voulait retarder leur rencontre. Plus vraisemblablement, pensant encore possible de revenir sur certaines conditions de l’abdication qui lui avait été arrachée, il envisageait d’utiliser son épouse comme négociatrice entre lui et l’empereur d’Autriche (père de Marie-Louise) et il estimait préférable qu’elle restât en terrain neutre. De Troyes à Chartres, des troupes russes, prussiennes, bavaroises désorganisées avaient envahi la Seine-et-Marne et le sud de la Seine-et-Oise, se livrant à des crimes et pillages, en représailles des exactions des armées napoléoniennes pendant dix ans à travers l’Europe. De nombreuses communes de l’Essonne portèrent longtemps les stigmates de cette invasion qui dura jusqu’à fin mai 1814[4] : pillages de maisons, incendies de châteaux, comme celui de Bois-Herpin (91150), assassinats, destructions d’ateliers.

 

Marie-Louise arrive traumatisée à Orléans car son convoi a été attaqué en route, plusieurs de ses voitures pillées. Le tsar ordonne à son aide de camp le général Schouvarov de se rendre à Orléans pour assurer la protection de l’Impératrice et l’accompagner près de son père, à Montargis ou Nemours lui dira-t-on. Il s’agit en fait de la mettre sous contrôle des Alliés et de l’empêcher de rejoindre Napoléon avec le Roi de Rome, ce qui ne ferait que compliquer le contexte politique.

 

Le 12 avril, Napoléon se rend compte de la situation et envoie le général Cambronne à Orléans avec deux escadrons de cavalerie pour ramener à Fontainebleau l’Impératrice ainsi que les fourgons du Trésor qui l’ont suivie. Cambronne arrive trop tard car Marie-Louise est déjà partie, enlevée en quelque sorte. Cambronne rentre bredouille et dans la nuit du 12 au 13 Napoléon tente de se suicider. Mais le poison qu’il portait sur lui depuis la Russie est éventé et il survit.

 

C’est à Angerville (91670) que Marie-Louise se rend compte du piège qui lui a été tendu. Au relais de poste, son escorte française est écartée et remplacée par des cavaliers russes et autrichiens. Elle a juste le temps d’écrire un mot, daté d’Angerville, à son mari : « On m’a fait partir d’Orléans et il y avait des ordres de m’empêcher d’aller te rejoindre, même à recourir à la force. On nous joue . . . ». Le convoi prend, à travers ‘‘ l’Essonne’’, la route de Rambouillet où Marie-Louise attendra trois jours l’arrivée de son père qui lui signifiera sa décision de la ramener à Vienne avec son fils. On lui fera miroiter la possession du duché de Parme, la possibilité de se rendre à l’île d’Elbe, un avenir pour son fils. Mais les obstacles seront si nombreux que ses espoirs s’évanouiront quelques mois plus tard dans les bras du général Adam von Neipperg et qu’elle oubliera ses quatre années françaises.

 

Conclusion

Les communes de l’Essonne sont  riches en souvenirs des personnages marquants  de la Révolution, du Consulat et du Premier Empire. Evoquer leurs noms dans les lieux où ils ont vécu amène à revivre avec eux des épisodes importants ou anecdotiques de ces pages de notre histoire. Puisse ce récit, volontairement décousu, inviter le lecteur à reconstituer le puzzle en se reportant à quelques-uns des quelque quatre-vingt mille (dit-on) ouvrages consacrés depuis deux siècles à cette période, qu’il s’agisse d’études historiques érudites, d’Adolphe Thiers à Jean Tulard ou Thierry Lentz en passant par Frédéric Masson[5], ou d’ouvrages plus populaires, de la duchesse d’Abrantès à André Castelot ou Max Gallo, sans oublier les romans dits historiques,  inspirés par tous les personnages qui ont écrit, souvent de leur sang, cette épopée, au point de susciter chez leurs héritiers de la génération suivante - les Musset, Stendhal, Vigny, Hugo, Hegel, Nietzsche, etc.  - imprégnés du Calvaire de Sainte-Hélène, une nostalgie et une admiration qui transformèrent l’Histoire en Légende, au point de faire écrire à un Chateaubriand repenti dans les Mémoires d’outre-tombe : « Aucun homme de bruit universel n’a eu une fin pareille à celle de Napoléon. Aigle, on lui donna un rocher à la pointe duquel il est demeuré au soleil jusqu’à sa mort, et d’où il était vu de toute la terre. Ores donc que, détaché de son temps, son histoire est finie et que son épopée commence, allons le voir mourir. Quittons l’Europe, suivons-le sous le ciel de son apothéose ».

 

Car, même si le corps de Napoléon a été transféré aux Invalides en 1840, l’île de Sainte-Hélène, peu transformée depuis deux siècles, demeure un lieu de pèlerinage napoléonien, joignable seulement en six jours de mer depuis l’Afrique du Sud. Mais un aéroport est en cours de construction  (enfin ou malheureusement ?) et, à partir de mi-2016, Sainte-Hélène deviendra une destination nouvelle et originale des opérateurs de voyage. Même si 2015 est l’année du bicentenaire de Waterloo et de la fin de l’Empire, on n’a pas fini de parler de Napoléon !

 

© Jacques Macé

 

 

 

Bibliographie

. Alain Chappet, Roger Martin, Alain Pigeard, Le Guide Napoléon, 4000 lieux pour revivre l’épopée, Tallandier, 2005.

. Jean Tulard, Louis Garros, Napoléon au jour le jour, Paris, Tallandier, 1992.

. Jean Tulard (sous la direction de), Dictionnaire Napoléon, Paris, Fayard, 1987 et 1999.

. Georges Six, Dictionnaire biographique des généraux et amiraux de la Révolution et de l’Empire,  2 volumes, Paris, Saffroy, 1934.

. Le Patrimoine des communes de l’Essonne, Paris,  Flohic, 2 volumes, œuvre collective, 2001.

. Et toutes les biographies des acteurs de l’épopée napoléonienne.

 

Remerciements de l’auteur et de la Société d’Histoire et d’Archéologie de l’Essonne et du Hurepoix  (SHAEH) aux membres des sociétés d’histoire locale de l’Essonne qui, par leur travail, ont apporté leur contribution à la rédaction du Patrimoine des communes de l’Essonne et ont ainsi grandement facilité l’écriture de cet article.

 

 

Index des communes essonniennes  

avec indication des personnages cités

Angerville : Impératrice Marie-Louise, 12 avril 1814 (pour mémoire)

Athis-Mons  (cimetière): Corvisart, Jean-Nicolas, médecin

Ballancourt (château du Saussay) : Canclaux, Jean-Baptiste-Camille, général ; Colbert, Chabanais de, Auguste-François-Marie, général ; Colbert-Chabanais, Pierre-David dit Edouard, général.

Bièvres : Bertin, Louis-François dit Bertin l’Aîné, journaliste ; Junot, Andoche, duc d’Abrantès, général ; Junot, Laure, duchesse d’Abrantès, mémorialiste ; Victor Hugo

Brétigny-sur-Orge  (château La Fontaine) : Fain, Agathon-Jean-François, baron, secrétaire intime

Bouray-sur-Juine  (château de Frémigny) : Sémonville, Charles-Louis Huguet de, ambassadeur, sénateur ; Montholon-Sémonville, Charles-Tristan de, ambassadeur, général

Brunoy  (La Gouvernerie) : Talma, François-Joseph, comédien

Buno-Bonnevaux  (château de Moignanville) : Senneville, Philippe-Joseph-Victoire, général

Cerny (château de Presles) : Carnot, Lazare, ministre, général

Champlan  (château de) : Cottin, Marie-Sophie Risteau dite “Madame”, écrivaine ; Baradère, Jean-Henri, commissaire des guerres

Coudray-Montceaux  (prieuré) : Guiton, Adrien-François-Marie, général

Courson-Monteloup (château de Courson) : Montesquiou-Fézensac, Pierre-Elisabeth, comte de, chambellan ; Montesquiou-Fézensac, comtesse de, gouvernante du Roi de Rome, “Maman Quiou” ; Arrighi de Casanova, Jean-Toussaint, duc de Padoue, général

Dommerville (château rattaché à Angerville) : Rochambeau, Donatien de Vimeur de, général

Dourdan : Roustam, Raza, mameluk ; Jubé, Auguste, baron de la Pérelle, préfet, chef d’état-major

Draveil  (châteaux de Villiers et Paris-Jardins) : Gamot, Charles-Guillaume, préfet ; Lambert, François, inspecteur en chef aux revues ; La Fayette, Gilbert du Motier de, général ; Louvel, François-Pierre, lieutenant ; Ney, Michel, maréchal d’Empire, duc d’Elchingen, prince de la Moskova

Draveil-Champrosay : Barbier, Paul, commissaire des guerres, directeur au ministère de la Guerre ; Ledru des Essarts, François-Roch, baron, général ; Lefebvre-Desnouettes, Charles, général

Essonnes : Bernardin de Saint-Pierre, Jacques-Henri, écrivain, naturaliste ; Oberkampf, Christophe-Philippe, industriel ; Napoléon, 2 avril 1814 (pour mémoire)

Etampes : Geoffroy Saint-Hilaire, Etienne, naturaliste

Gif-sur-Yvette  (mairie) : Méneval, Claude-François, baron de, secrétaire intime

Juvisy-sur-Orge : Napoléon, 31 mars 1814 (pour mémoire)

La Ferté-Alais : Ramé, Jean-Alexis, chef de bataillon

Linas : Hazar, Louis-Henri-Joseph, colonel

Massy  (château de Vilgénis) : Jérôme Bonaparte, roi de Wesphalie ; Appert, Nicolas, inventeur

Mennecy : Napoléon, 3 avril 1814 (pour mémoire)

Méréville  (château) : Laborde, Alexandre, comte de, diplomate, financier, écrivain ; Noailles, Nathalie de, née Laborde, duchesse de Mouchy, muse de Chateaubriand

Milly-la-Forêt : Bellavène, Jacques-Nicolas, général ; Buonaparte, Napoléon, élève-officier à l’Ecole militaire de Paris

Montgeron  (château Rottembourg) : Rottembourg, Henri, baron, général ; Doumerc, Jean-Pierre, général

Morigny-Champigny (château de Jeurre) : Mollien, Alexandre, ministre du Trésor

Nainville-les-Roches  (château de) : Savary, René, duc de Rovigo, ministre de la Police, général

Orsay  (Temple de la Gloire) : Moreau, Jean-Victor, général

Palaiseau (mairie, manoir de Lozère) : Tronchet, François-Denis, avocat, jurisconsulte, sénateur ; Jomard, Edme-François, ingénieur-géographe

Ris-Orangis (château Dranem) : Andréossy, ambassadeur, général

Saint-Hilaire  (château de Champrond) : Debrun des Beaunes, Louis-Philibert, botaniste

Sainte-Geneviève-des-Bois (château de La Cossonnerie) : Fain Agathon-Jean-François, baron, secrétaire intime

Saulx-les-Chartreux (château de Monthuchet) : Dessole, Augustin, général

Savigny-sur-Orge  (château-lycée Corot) : Davout, Louis-Nicolas, duc d’Auerstedt, prince d’Eckmühl ;

Soisy-sur-Seine : Didelot, Charles-François, ambassadeur, préfet ; Drouet, comte d’Erlon, dit Drouet d’Erlon, Jean-Baptiste, général, maréchal de France en 1843 ;  Du Taillis, Ramon du Bosc, général ;  Lecourbe, Claude-Jacques, général ; Maison, Nicolas-Joseph, général

Val-Saint-Germain (château du Marais) : Chateaubriand, François-René de, écrivain ; Pauline de Beaumont, femme de lettres

Varennes-Jarcy  (Villa Boieldieu) : Boieldieu, François-Adrien, musicien, compositeur

Vaugrigneuse  (château de La Fontaine aux Cossons) : Hédouville, Gabriel-Marie-Théodore, ambassadeur, général

Verrières-le-Buisson (château d’Amblainvilliers) : Visconti (marquise de), Giuseppa

Vigneux-Sur-Seine  (château Frayé) : Bernadotte, Jean-Baptiste-Jules, maréchal d’Empire, prince héréditaire de Suède puis roi Charles XIV de Suède et de Norvège en 1818 ; Sarrazin, Jean, général

Villeconin  (château de) : Pluvié de Guibert, aide de camp de Bonaparte, lieutenant

Villiers-sur-Orge  (La Seigneurie) : Gay, Sophie, romancière ; Grimod de la Reynière, Alexandre-Balthazar-Laurent gastronome, écrivain

Viry-Châtillon  (château de Viry) : Marmont, Auguste,-Frédéric-Louis, Viesse de, maréchal d’Empire

Yerres (château de Grosbois ; situé sur la commune contigüe de Boissy-Saint-Léger en Seine-et-Marne) : Moreau, Jean-Victor, général ; Berthier, Louis-Alexandre, maréchal d’Empire, prince de Neufchâtel, prince de Wagram

 

 

 

[1] D’un refroidissement après un bain très chaud. Goncourt venait prendre son bain chez Alphonse Daudet à Champrosay car chez lui à Paris la baignoire était encombrée de livres.

 

[2] Il a donné son nom à peine modifié à un autre véhicule aussi lent.

 

[3] Pour exécuter l’une des volontés testamentaires de son oncle Napoléon 1er, Napoléon III créa en 1857 la Médaille de Sainte-Hélène décernée à tous les survivants des campagnes napoléoniennes, portant au revers la mention : « A ses compagnons de gloire, sa dernière pensée, Sainte-Hélène, 5 mai 1821 ». 405 000 médailles furent décernées après recensement des ayant-droits à travers l’Europe. Le dernier de ces médaillés, Louis-Victor Baillot, est décédé en 1898 à l’âge de 105 ans, sous la présidence de Félix Faure. Le ruban vert rayé rouge de la médaille de Sainte-Hélène a été repris en 1915 pour être celui de la Croix de guerre. Témoignage de la continuité des sacrifices des Français pour leur patrie.

 

[4] L’occupation par des troupes étrangères, cette fois plus organisée mais tout aussi destructrice, recommença en 1815 (après la chute définitive de l’Empire) et dura jusqu’en 1818 dans soixante départements du nord de la France, sauf la Bretagne.

 

[5] L’historien Frédéric Masson (1847-1923), secrétaire perpétuel de l’Académie française, fut des années 1890 à 1920 le grand spécialiste des études napoléoniennes, ayant connu et fréquenté les derniers survivants de l’épopée. Il passait de longues semaines d’été chez ses beaux-parents Cottin qui possédaient à Draveil-Champrosay la propriété voisine de celle d’Alphonse et Julia Daudet. Les deux familles étaient très proches.

 

 

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